Du garage de mes parents à l’usine Hirica
En 2014, je stockais mes premières commandes dans le garage familial à Hossegor. Onze ans plus tard, nous avons repris une ancienne usine de chaussures à Saint-Vincent-de-Tyrosse. Le récit d’un parcours qui n’avait rien d’évident.
La première fois que j’ai visité l’ancienne usine Hirica, en juillet 2024, je suis tombé sur le plan de sécurité affiché au mur. Une pièce y portait la mention : « salle de fabrication de semelles ».
Une usine de chaussures désaffectée, dans une zone d’activité des Landes, avec une salle de fabrication de semelles. Pour une entreprise de podologie qui cherchait des locaux, l’histoire était écrite d’avance. J’ai eu un coup de foudre, et l’intention très nette de redonner vie à ces bâtiments.
Un problème que je vivais de l’intérieur
Je suis pédicure-podologue de formation. J’ai fait mes études à Paris, dans une famille où le métier se transmet : mon père est podologue, mon grand-père l’était aussi.
En 2014, en troisième année, j’ai constaté quelque chose que tous mes camarades constataient avec moi sans que personne n’en fasse rien : s’équiper est un calvaire. Le matériel de podologie était cher, difficile à trouver, livré dans des délais absurdes. Le genre de friction que l’on finit par accepter comme une fatalité du métier.
Je n’avais pas de plan de carrière entrepreneurial. J’avais un problème que je subissais tous les jours, et l’intuition qu’un site internet pouvait le régler. J’ai créé my-podologie.com.
Il fallait un stock. J’ai réquisitionné le garage de mes parents, à Hossegor. Mon père — podologue, donc client potentiel autant que propriétaire du garage — s’est montré compréhensif. C’est une chance que je mesure mieux aujourd’hui.
Sept ans à mener deux vies
En 2015, diplôme en poche, j’ai ouvert un cabinet de pédicure-podologue à Hossegor. Pas par attachement à la double casquette : le cabinet finançait l’entreprise naissante.
Mener les deux de front n’a rien eu de reposant. Les patients le matin, les commandes le soir. Cette période a duré jusqu’en 2022, année où j’ai fermé le cabinet parce que my-podologie.com ne laissait plus de place à autre chose.
Sept ans, c’est long. C’est aussi ce qui a permis à l’entreprise de grandir sans que j’aie à lui demander de me nourrir tout de suite. Rétrospectivement, c’est probablement la décision la plus structurante que j’aie prise — et c’était une décision de prudence, pas d’audace.
Le COVID, et ce qu’il a révélé
Entre-temps, les locaux avaient quitté le garage pour Seignosse. Puis la pandémie est arrivée.
Nous avons enregistré un pic d’activité considérable. La raison est simple et je ne l’avais pas anticipée : les podologues exercent souvent dans des centres qui regroupent plusieurs professionnels de santé. Quand ces centres ont eu besoin de matériel médical, ils se sont tournés vers le fournisseur qu’ils connaissaient déjà. Nous.
C’est de là qu’est né my-medical.fr, ouvert aux professionnels comme au grand public. Ce n’était pas une diversification décidée en réunion : c’était une demande qui existait, à laquelle il fallait répondre.
Une marque par métier, par besoin
Le même raisonnement a produit les suivantes. my-pedicurie.com pour les particuliers. my-purificateur.com pour la qualité de l’air. my-blouse.com pour les tenues professionnelles. my-glow.com pour le bien-être et la beauté. Aujourd’hui, les marques sont réunies sous la bannière my-infinity.eu.
Nous sommes une équipe de près de trente personnes. Notre singularité tient moins au catalogue qu’au stock : c’est lui qui permet de livrer en France en moins de 24 heures et partout dans le monde en 96 heures. Un stock important est un engagement financier lourd, et c’est précisément pour ça que peu de concurrents le tiennent.
Le reste s’est construit autour. Des professionnels de santé dans l’équipe, qui valident les nouveautés de nos propres marques conçues par notre service R&D. Des sites en français, en espagnol et en anglais. Une application mobile développée en interne. Un atelier de broderie pour personnaliser les vêtements professionnels. Un atelier « trousses de secours » pour les clubs sportifs et les institutions.
Pourquoi Saint-Vincent-de-Tyrosse
À Seignosse, nous manquions clairement d’espace. La question n’était pas de savoir s’il fallait déménager, mais où.
Je n’avais aucune envie de perdre des collaborateurs en partant dans une autre région. C’est un critère qu’on sous-estime quand on regarde une carte et des loyers au mètre carré : une entreprise déménage, une équipe non.
Hirica cochait tout. Proche des axes routiers, d’une zone commerciale, d’une salle de sport. Et surtout du foncier constructible à côté, pour le jour où nous en aurions besoin.
Achat en décembre 2024, travaux, inauguration le 3 juillet 2025. Depuis, notre croissance est de 80 %. Nous n’avions pas surestimé nos besoins.
Rester ici
J’ai toujours voulu rester sur le territoire de la MACS. Ce sont mes racines, et tant que j’y trouve un environnement favorable à l’entreprise, je ne vois pas pourquoi j’irais ailleurs.
Ce n’est pas seulement sentimental. Le service de développement économique de la communauté de communes m’a réellement aidé : un appui auprès des banques, une mise en relation avec le Département et la Région au moment de la demande d’aide à l’immobilier. Sur un projet de reprise de friche industrielle, ces relais font la différence entre un dossier qui avance et un dossier qui s’enlise.
2026 : fabriquer ici ce qui vient de loin
Nos deux prochains chantiers sont des unités de production.
La première fabriquera des semelles orthopédiques — dans une ancienne usine de chaussures, la boucle sera complète.
La seconde produira des lames de gouge. C’est un instrument chirurgical indispensable aux soins de pédicurie-podologie, complémentaire du bistouri, et aujourd’hui fabriqué principalement en Inde et en Chine. Ce savoir-faire existe en France. Il est temps de le rapatrier.
Ce récit reprend et développe l’entretien accordé à la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud, publié dans sa série de portraits d’entrepreneurs : Portrait de Quentin Benchetrit.